Et si on avait besoin d’un nouveau programme de formation en gestion de l’information?

Quand je suis sorti de ma formation en archivistique, en 2006, je me posais toujours les mêmes questions : Peut-on vraiment former un professionnel en gestion de l’information avec seulement un certificat? Et pourquoi ce certificat aurait-il plus de valeur que ma formation au baccalauréat en anthropologie ou que la technique en documentation? En fait, ce qui me laisse perplexe aujourd’hui, c’est qu’il m’a fallu attendre la maîtrise pour apprendre les bases de ce que je fais maintenant… Et dans des cours donnés par la faculté d’administration tels que « système d’information organisationnel », « gestion du changement » ou encore « gestion des connaissances ».

Il y a peut-être deux semaines, je suis tombé sur une publicité de l’Université de Sherbrooke qui présentait le baccalauréat en Administration des affaires, dans lequel il est possible de faire une concentration en gestion de l’information et des systèmes. Une fois sur le site web de l’Université, j’ai compris que cette concentration se focalisait essentiellement sur les aspects technologiques des systèmes d’information. Surpris, mais loin d’être déçu, j’ai trouvé cette formation très prometteuse car elle ouvrait la voie sur d’autres aspects du métier.

Cette situation m’interpelle grandement. Cela fait un bout de temps que je me dis que, dans l’état actuel des choses, peu importe si les programmes de formation font partie des facultés d’histoire, de bibliothéconomie ou encore d’administration, ils sont incomplets. Non pas que les programmes offerts actuellement ne sont pas pertinents, mais il faut admettre qu’ils ont toujours un coup de retard sur le marché du travail.

Vers un nouveau programme de formation

En ressassant toutes ces idées, j’ai décidé de mettre par écrit ce qui était essentiel à mes yeux et qui devrait apparaître dans un programme en gestion de l’information, ne serait-ce que pour lancer une réflexion sur le sujet. Le programme détaillé est ici.

Le programme proposé mettrait l’emphase sur :

  • les fonctions de l’organisation (finances, ressources humaines, marketing, opérations, technologies, etc.);
  • l’analyse d’affaires;
  • l’architecture de solutions et de l’information;
  • l’intelligence d’affaires;
  • la gestion de projet;
  •  la communication et le leadership.

Ce découpage ferait en sorte que les professionnels acquerraient une connaissance approfondie de leur métier et des organisations, de manière  à ce qu’ils puissent jouer le rôle d’analyste, de chargé de projets, de gestionnaire et de leader.

Rien sur l’archivistique me direz-vous. En fait, c’est volontaire. Il semble évident que la gestion de l’information évolue et ce terme n’est plus adéquat lorsque l’on vise à répondre aux besoins administratifs, légaux ou financiers d’une organisation et non à des impératifs patrimoniaux. Michel Roberge parle même, dans un article récent, d’un conflit de générations qui marque une coupure nette entre la gestion documentaire et la gestion de l’information.

Avec ces deux visions diamétralement opposées, ne sommes-nous pas arrivés à un tournant dans la profession?

Et là attention, je ne suis pas en train de remettre en question la discipline archivistique, au contraire. C’est d’abord une question d’orientation et la discipline conserve toute sa pertinence, surtout lorsqu’il est question de préservation à long terme de la mémoire et de mise en valeur de notre patrimoine. L’Université Laval semble l’avoir bien compris et a mis en place le Baccalauréat intégré en sciences historiques et études patrimoniales (le BISHEP dans sa version courte).

En partant du constat que l’histoire, l’ethnologie, l’histoire de l’art, l’archivistique, l’archéologie et la muséologie sont des disciplines complémentaires, le programme s’oriente résolument vers le champ du patrimoine culturel. Au contraire d’une optique plus pragmatique, cette approche met l’emphase sur les enjeux théoriques et pratiques de la consignation, du classement, de la diffusion et de la mise en valeur des traces culturelles. C’est ce qui lui donne toute sa valeur.

Et pourquoi pas un Institut en gestion de l’information?

Est-ce que les départements universitaires seraient ouverts à modifier leur programme pour ajouter, modifier, retirer certains cours ou encore à amener le certificat à un niveau baccalauréat? Je suis convaincu que ce serait la bonne chose à faire, mais le feront-elles?

Et si elles ne le font pas, qui le fera? J’ai l’impression que les  universités sont de grosses machines, lentes à s’adapter. C’est peut-être aussi que le besoin ou la demande ne leur a tout simplement pas été exprimé. Plusieurs facteurs sont en jeu et tout le processus risque de prendre beaucoup de temps.

Tant qu’à attendre que quelqu’un le fasse, je me demande pourquoi ne pourrions-nous pas prendre en main la formation? Oui, oui, je parle bien de fonder une école spécialisée en gestion de l’information, indépendante.

Farfelu, vous dites? Peut-être que ça semble fou, mais qu’avons-nous d’autre comme option? Tout commence par une idée folle si on veut aller quelque part, ne croyez-vous pas?

Et vous, quel serait votre programme de rêve?

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6 réponses à “Et si on avait besoin d’un nouveau programme de formation en gestion de l’information?

  1. J’ai vu cette discussion passer il y a quelques temps déjà et j’avoue avoir été touchée. Sans avoir de pistes de solutions (les idées, c’est pas mon fort mais pour les mettre en pratique.. attaboy!!)… donc.. pas d’idées nouvelles mais un regard perplexe sur ce qui s’offre présentement.

    La gestion documentaire est un domaine qui s’insère parmi d’autres.. elle est essentielle mais si discrète qu’elle n’a pas encore toute sa place dans le monde du travail.. Oui, ces tâches sont souvent confiées à une secrétaire déjà débordée.. ou on pense que classer des documents se fait bien entre deux mandats plus importants et c’est délégué à 2-3 chefs d’équipe pas trop dans le jus…

    Les professionnels de la gestion documentaire jouent du coude très fort pour justifier leur expertise ou, parfois, sont considérés comme d’agréables surprises… « Hein!? Ça existe ça?? Wow! J’ai besoin de toi, viens-t-en! » (Parce que des bons coups, ça existe aussi!)

    Nous sommes tous d’accord pour dire que le concept est encore méconnu.. encore plus ses applications pratiques. Est-ce le monde du travail qui connaît mal les formations de la gestion documentaire ou les formations qui se font mal connaître?

    Que les formations soient elles-mêmes éparses n’est pas surprenant. Elles font ce qu’elles peuvent -en toute discrétion- pour trouver réponses à des besoins encore mal définies.

    J’ai confiance toutefois qu’avec le temps -pas mal de propagande et possiblement une refonte des formations collégiales et universitaires- on arrivera à former de façon cohérente et complémentaire les professionnels de la gestion des documents et à les faire valoir.

    Cohérence et complémentarité…. deux excellents mots-clés.

    Je suis technicienne en documentation. Je connais des archivistes tant « administratifs » que « du patrimoine » (j’adore cette distinction faite dans un commentaire plus haut). Je connais des étudiants en gestion de l’information numérique. Nous avons des formations différentes mais nous appliquons tous sur les même offres d’emploi. Et nous avons tous raison de le faire, puisque nos compétences sont toutes semblables (oui, oui, j’ai pris le temps de comparer…).

    Nous voyons des archivistes en charge de projets de numérisation et nous voyons des techniciens mieux outillés qu’un détenteur d’un certificat en archivistique pour l’implantation de système de gestion documentaire.

    Nous voyons aussi des archivistes au regard de gestionnaire parfaitement adapté à leur milieu et des techniciens à la description documentaire parfaitement adapté à leur milieu.

    Le programme ministériel en techniques de la documentation est archaïque. Certains départements d’enseignement, fort de jeunes professionnels motivés, jouent des pieds et des mains pour offrir une formation à la hauteur des demandes actuelles. Malheureusement, ces efforts et résultats ne sont pas reconnus… c’est pas officiel… et c’est ‘juste du cégep »… (Aaahh! Si vous saviez tout ce que j’ai appris au Cégep de Trois-Rivières!!!)

    Le certificat en archivistique diffère selon le parcours choisi par l’étudiant, mais vu de l’extérieur, tous les certificats se valent sans grande distinction.

    Le certificat en GIN est un bel exemple de formation actuelle, répondant aux demandes du milieu. Rajoutez-y une meilleure compréhension des structures organisationnelles, de la culture d’entreprise et de la gestion du changement et on tient quelque chose…

    Le bachelier, le maître ou le détenteur de certificat aura des compétences techniques et le technicien aura des compétences en gestion de projet et développement de politiques.

    C’est ainsi fait… Toutes les formations, ben oui, avouons-le, se ressemblent.

    Mais ça.. c’est le lot des programmes universitaires et techniques en général… Beaucoup de confusion… Alors, dans un domaine lui-même en évolution, la question de structurer la formation est des plus pertinentes!

    Donc.. complémentarité et cohérence… Nous constatons que nos formations entre elles manquent un peu de ces éléments. Nous avons tous l’impression de « voir les mêmes choses »… Tant en archivistique, qu’en gestion des documents qu’en bibliothéconomie, les pinceaux s’emmêlent.

    Puisque les mêmes matières sont enseignées, elles sont où la cohérence et la complémentarité entre degrés collégial, premier et deuxième cycle universitaire?.

    Je crois que tous, entre nous, nous nous complétons. Mais ce n’est pas en fonction de nos degrés académiques mais en fonction de nos intérêts. Peut-être que cette différence entre « papier universitaire » et papier collégial » n’est pas aussi cohérente que plusieurs -même parmi nous- aiment encore le croire…

  2. En fait, je ne crois pas qu’on doive éliminer les programmes de formation actuels. Le certificat peut effectivement répondre au besoin de ceux qui ont déjà fait un baccalauréat dans le passé ou qui sont sur le marché du travail. Je crois encore à l’apport des archivistes.

    À l’inverse, la structure et l’orientation du programme que je propose pourraient s’adresser à une clientèle différente, aux étudiants qui sortent de cégep par exemple. J’aime bien la distinction entre les « administratifs » et les « patrimoniaux » que suggérait Jeannot Bourdage dans la discussion sur LinkedIn. Comme il le disait,

    « Les deux secteurs demandent souvent des connaissances et des compétences assez différentes. Ne pourrait-on rattacher les premiers aux facultés de gestion et les seconds aux facultés de sciences humaines? Pour les gens du secteur patrimonial, je trouve que l’on gagnerait beaucoup à approfondir les liens avec les milieux de l’histoire, bien sûr, mais aussi de la muséologie, des arts, des communications, du design, etc. »

    http://lnkd.in/HVR5bR

    La gestion de l’information est une fonction de l’organisation, au même titre que les finances, le marketing et autres. Si le programme de gestion de l’information était rattaché à une faculté de gestion, peut-être que ça amènerait une plus grande reconnaissance.

    Tout ça pour dire que suis plutôt partisan d’augmenter la diversité de l’offre actuelle et non de mettre la hache dans ce qui existe déjà. Si l’ajout d’un baccalauréat n’est pas possible, pourquoi ne pas se tourner vers la formation continue, que ce soit à l’université ou encore au privé.

    Un modèle de partenariat entre entreprises, firmes de consultation et organismes publics serait porteur et permettrait de mieux cibler les besoins de l’industrie. On pourrait s’assurer de rester à l’avant-scène en termes de recherche et d’innovation et agir comme leaders dans notre domaine.

    Comme ça, on s’assurerait que la formation réponde aux aspirations des étudiants, et que les finissants répondent aux attentes des employeurs. Le mode coopératif permettrait aussi d’assurer une certaine forme de financement et de pérennité.

    Actuellement, c’est vrai que les formations sont données de manière sporadique et l’idée de partenariat permettrait aussi augmenter la fréquence, le nombre et le contenu des formations disponibles. On pourrait offrir des formations d’une ou deux journées, par exemple.

    Cette semaine, j’ai assisté à une formation d’une journée complète sur l’utilisation d’un système pour mettre en place des pratiques de GED. Le modèle me plaît car il a un volet théorique et un autre pratique. En sortant de la formation, on peut tout de suite mettre en application ce qu’on a appris. Ce que je fais aujourd’hui d’ailleurs,

    Des conférences ou anti-conférences pourraient très bien venir compléter le tableau pour ceux qui ne sont pas à l’aise avec la formation en classe.

    La beauté de la chose, c’est qu’il y a plusieurs modèles qui peuvent s’appliquer. Pourquoi ne pas en profiter.

  3. Je ne connais pas vraiment la dynamique des familles et des départements à l’Université, mais comme disait le regretté Jacques Grimard, l’Archivistique se retrouve au confluent des sciences de la gestion et de l’histoire.

    Un des gros problèmes dans notre domaine en est un de crédibilité ou plutôt de reconnaissance. Dans le monde des affaires, n’importe qui peut s’improviser spécialiste en documentation. Il n’y a pas de formation nécessaire pour gérer la documentation dans une entreprise : dans la tête de certains dirigeants, une secrétaire suffit à la tâche. Nous passons plus de temps à justifier notre valeur, à convaincre des dirigeants ou à gérer le changement (souvent confronté à de la résistante) qu’à mettre en place une gestion documentaire efficace.

    Est-ce que le fait d’être sous le chapeau des sciences de la gestion amènerait cette crédibilité ? Peut-être. Je dirais même que s’il y avait des cours de gestion documentaire pour nos futurs gestionnaires, ils seront plus ouverts à notre profession.

    Je me pose souvent la question dans mon travail : suis-je formé pour répondre aux défis devant moi ? Je répond trop souvent non à cette question. Toutefois, comme plusieurs de mes collègues de travail, c’est en faisant des essais – erreurs que nous apprenons ou comme disent les plus vieux : on apprend sur le tas.

    Un baccalauréat en gestion des documents ou de l’information serait en effet plus complet comme formation. Nous pourrions avoir des cours sur la gestion administrative d’un centre de documentation ou un département de archives, des cours de didactique pour former les gens de l’entreprise (gestion de formation, gestion de classe, théories d’apprentisage adulte, etc.).

    Il y a 2 problèmes que je vois à priori : Tout d’abord, les personnes s’inscrivant au certificat ont pour la plus part déjà un diplôme universitaire. Ces personnes suivent les certificats pour des besoins dans leur travail quotidien ou lors d’une réorientation de carrière. Très peu de candidat arrive directement du Cégep, ils passent par un autre programme universitaire (en particulier l’histoire) ou arrive du marché du travail. Pour ceux qui suivent le programme technique de documentation vont aller travailler quelques années avant de s’inscrire au certificat (Gestion des documents et des Archives; Archivistique ou information numérique) afin d’avoir une meilleure rémunération. De plus, quel est le bagage d’expérience de ces jeunes sur le marché du travail et principalement en documentation? Après 3 ans de formation, ils seraient mieux formé, mais à quel point? Qui plus est, la formation collégiale est principalement conçu pour nos bibliothèques sans être vraiment au point pour nos gestionnaires de documents administratifs.

    Avec un certificat, nous allons chercher des personnes qui s’occupent de documentation par nécessité. Si nous abolissons le certificat, nous perdrons ces gens de qualité par la longueur des études. Pour ma part, je verrais bien 3 certificats (vous avez un bacc par cumul) qui serait divisé ainsi : 1- Gestion des documents administratifs et des archives( Ce certificat existe déjà sous le vocable Archivistique ou Gestion des archives); 2- Information numérique (Existe à l’EBSI de l’Université de Montréal) et 3- Gestion et politiques pour gestionnaires des documents administratifs et des archives (Un nouveau certificat) [Les titres peuvent changer, ce sont des thèmes généraux]. Nous pourrions aller chercher autant les personnes qui veulent être mieux formés que les autres qui désirent avoir simplement quelques cours.

    D’autre part, le marché du travail n’est pas encore vendu (ou obligé par des lois) à l’embauche de gestionnaires dédiés à la documentation et des archives. Présentement, nous avons 4 types de personnes qui travaillent en documentation : 1) les techniciens (collégial); 2) les universitaires 1er cycle (certificat); 3) les universitaires 2e et 3e cycle et finalement, 4) les autodidactes. Est-ce que les entreprises sont prêtes à payer pour ces nouveaux professionnels ? Ils ont déjà de la difficulté à engager un spécialiste du domaine et ce n’est pas parce qu’il aurait un baccalauréat qu’il y aurait des ouvertures.

    Pour ceux qui oeuvrent dans le domaine, les diplômés ont débuté sur le marché du travail par de petits contrats à droite et à gauche, de différents types et durées. Ils ont pu toucher à plusieurs aspects de la profession avant d’avoir la chance d’avoir un poste permanent ou à tout le moins, à long terme. C’est dommage, mais il manque beaucoup de formation continue dans notre domaine. Les ordres professionnels obligent leur membres à faire de la formation continue. Tandis que nous, ayant eu notre diplôme dans les années 70, 80, 90 et même dans les années 2000, les formations sont peu existantes et surtout, au bon désir des gens.

    Est-ce que la formation d’un institut réglerait la question de la reconnaissance ? Peut-être. Or, même les associations comme l’AAQ, l’ASTED ou l’ARMA donnent des formations que sporadiquement. Nous avons un grand besoin de formation continue et ce, dans plusieurs sphères d’activités. Il doit y avoir un mélange d’expérience provenant du privé comme du public. C’est en ayant des formations qui répondent aux besoins et questionnement des spécialistes, formé académiquement ou par expérience, que l’on pourra amener une certaine crédibilité à notre profession.

    Sébastien Gagnon, Archiviste

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